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Assemblée des Évêques Catholiques de Québec (French Only)

Allocution du Nonce Apostolique, Mgr Luigi Bonazzi
Trois-Rivières, 11 mars 2014

Chers Frères dans l’épiscopat,

Je suis heureux de participer à votre rencontre et de saluer fraternellement chacun de vous. Je suis reconnaissant au Seigneur et à vous pour ces occasions qui me sont offertes, au début de mon service comme Nonce apostolique en ce pays, de rencontrer les pasteurs de l’Église au Canada. Il y a deux semaines j’ai eu
l’opportunité de vivre un moment fraternel avec un bon nombre d’Evêques, à l’occasion de la fête célébrée pour accueillir notre nouveau Cardinal, Son Eminence Gérard Cyprien Lacroix, Archevêque de Québec. Et maintenant, au début de votre Assemblée épiscopale, j’ai la chance de vivre un moment de communion avec vous tous, les Pasteurs du Québec.

J’avoue que la participation à la célébration en l’honneur du Cardinal Lacroix a été pour moi un moment fort et important. Ce soir-là, au Pavillon de la Jeunesse, j’ai vécu fortement l’expérience de me retrouver au milieu des gens, de voir un Pasteur qui marchait avec son peuple. C’est précisément parce que «nous sommes avec nos fidèles», parce que nous faisons route ensemble avec notre peuple, que nous pouvons aussi « être devant» notre peuple, comme guides et pasteurs, en nous confiant toujours à la grâce du charisme épiscopal que le Seigneur nous a donné.

À Québec, au Pavillon de la Jeunesse, j’ai vécu une autre expérience. En étant avec vous, en vous écoutant, en vous regardant, j’ai ressenti personnellement ce que l’Archevêque Lacroix avait expérimenté lors de sa première rencontre avec les Cardinaux à Rome : je me suis senti petit, le plus petit d’entre vous, sans crainte toutefois, heureux au contraire d’être parmi des géants, dans l’accomplissement du service que le Représentant du Pape doit offrir.

En voulant donner un nom et un contenu plus précis à ce service, je me suis rappelé les paroles du Pape Paul VI dans le Motu proprio Sollicitudo omnium Ecclesiarum, qui présente le ministère spécifique des Représentants pontificaux (24 juin 1969). Le Pape Paul VI a écrit : «L’activité du Représentant du Pape porte d’abord un précieux service aux Evêques, aux Prêtres, aux Religieux et à tous les catholiques du lieu, lesquels trouvent en lui le soutien et la protection, parce qu’il représente une Autorité supérieure, qui est à l’avantage de tous. Sa mission ne se superpose pas à l’exercice des pouvoirs des Evêques, ni le remplace ou l’entrave, mais il le respecte et, au contraire, il l’encourage et le soutient par le conseil fraternel et discret».

J’interprète les mots « représente une autorité supérieure » de la même façon que dans l’Eglise on interprète et on exerce l’autorité, à savoir comme un service qui, étant un « service supérieur » demande de se mettre à la dernière place. Je ne sais pas comment je réussirai à exercer ce service, mais ma sincère disposition intérieure est la suivante : me mettre à l’écoute, dans l’accueil, partager, me faire proche de tous, spécialement de qui éprouve davantage la fatigue du jour et le poids du ministère.

Je désire particulièrement être proche de vous, Pasteurs de l’Église au Canada, mais aussi – priant, pensant et travaillant avec vous – être proche de tous les membres du Corps du Christ au Canada : les prêtres, les séminaristes candidats au sacerdoce, les diacres permanents, les religieux et les religieuses, les fidèles dans leurs vocations variées, les mouvements et les associations anciennes et nouvelles qui enrichissent le tissu de l’Eglise. Bien conscient d’être moi-même petit et pauvre, j’ai quand même confiance que le Seigneur m’aidera à bien accomplir ma tâche. Je vous demande de m’aider. J’ai besoin de vos prières, de votre conseil, même de votre correction fraternelle – dont je vous remercie dès maintenant – de sorte que je puisse éviter d’éventuelles erreurs et bien faire le bien.

Je vous confesse que, même s’il y a plus d’un mois que j’ai atterri à l’aéroport d’Ottawa, je me sens encore dans l’étape de l’approche et de l’atterrissage en cette vaste mer – pour mieux dire cet océan – qu’est votre pays bien-aimé. On sait que pour effectuer un bon atterrissage, est cruciale la liaison avec la «tour de contrôle». Pour l’Église, pour nous les Pasteurs, la «tour de contrôle» c’est le SaintEsprit, et concrètement ce que l’Esprit Saint dit à l’Eglise. J’essaie donc, tout comme vous, d’écouter – uni à l’Église – ce que l’Esprit dit aujourd’hui à l’Eglise. En effet, le Saint-Esprit parle et continue à percer et à illuminer par sa lumière pleine d’amour les ténèbres des doutes, de la mondanité, des problèmes économiques et sociaux, des épreuves de toute nature qui pèsent sur le monde et fatiguent l’Eglise.

Je voudrais partager avec vous une de ces lumières, qui m’aide particulièrement en ce moment où je commence à regarder avec affection le visage de l’Église catholique au Canada. Il s’agit du regard prophétique sur l’Eglise au seuil du troisième millénaire, que nous a légué le pape Jean-Paul II – bientôt saint – dans ce que j’aime considérer comme son testament spirituel : la Lettre apostolique Novo Millennio Ineunte. Dans sa Lettre, le Pape Jean-Paul II contemple l’Eglise du troisième millénaire à la lumière du chapitre 5, versets 4-6 de l’Evangile de Luc, qui raconte le miracle de la pêche miraculeuse. Le contexte est celui d’une nuit agitée, d’un lourd travail lourd, qui aboutit en échec : «Nous avons peiné toute une nuit sans rien prendre ».

Sur la toile de fond de cette constatation désolante, résonne justement la parole de Jésus à Pierre : « Avance en eau profonde et lâchez vos filets pour la
pêche ». Pierre croit, et en s’appuyant sur la parole de Jésus, jette les filets.

L’Église a toujours avancé et continuera à avancer, comme l’écrit saint Augustin dans le De civitate Dei – qui est sa théologie de l’histoire – « entre les persécutions du monde et les consolations de Dieu ». Il n’est pas surprenant que nos jours se présentent souvent sous le signe d’une aube incertaine, chargée de problèmes et de menaces qui pourraient conduire au découragement, à la décision de tout abandonner et de ramener les rames dans la barque. Ce moment doit être précisément celui de tourner notre regard vers Jésus-Christ, d’écouter sa parole et de construire à partir de sa parole : il y a en effet une pêche miraculeuse, qui est là, devant nous.

La « pêche miraculeuse » est promesse et en même temps responsabilité. Loin d’être marqué par la nostalgie ou par un regard tourné vers le passé, le temps que nous vivons est projeté vers les grandes responsabilités qui nous attendent, vers l’aventure joyeuse de lâcher encore une fois les filets pour la pêche et d’expérimenter, comme et plus que dans les deux derniers millénaires, la puissance de la parole de Dieu. Nous sommes appelés à repartir de Dieu, de sa Parole, à parier sur elle toute notre vie, tant comme individus que comme Eglise : « Sur ta parole je vais lâcher les filets » (Lc 5:5). Nous sommes certains que le Seigneur saura nous étonner une fois encore par sa fidélité et ses surprises.

Nous sommes ainsi invités, toujours et à nouveau, à fixer notre regard sur Celui qui est le commencement, le chemin et le point final de l’histoire : JésusChrist, le Rédempteur de l’homme. Le Pape Jean-Paul II l’affirme avec force : « Que devons-nous faire » (At 2:37) se demande-t-il dans la Novo Millennio Ineunte. Et il répond : « Nous nous interrogeons avec un optimisme confiant, sans pour autant sous-estimer les problèmes. Nous ne sommes certes pas séduits par la perspective naïve qu’il pourrait exister pour nous, face aux grands défis de notre temps, une formule magique. Non, ce n’est pas une formule qui nous sauvera, mais une Personne, et la certitude qu’elle nous inspire : Je suis avec vous ! Il ne s’agit pas alors d’inventer un « nouveau programme ». Le programme existe déjà : c’est celui de toujours, tiré de l’Évangile et de la Tradition vivante. Il est centré, en dernière analyse, sur le Christ lui-même, qu’il faut connaître, aimer, imiter, pour vivre en lui la vie trinitaire et pour transformer avec lui l’histoire jusqu’à son achèvement dans la Jérusalem céleste ». (NMI n. 29).

Si chaque jour, nous nous efforçons de connaître Jésus-Christ, de l’aimer, de l’imiter, et de vivre en lui la vie trinitaire, nous pouvons être certains que, de même qu’il fit connaître sa vocation et sa mission à Pierre, après la confession de Césarée de Philippe (cf. Mt 16:17-19), de la même manière Jésus-Christ montrera à nous, ses pasteurs, le bout de chemin à parcourir chaque jour, les initiatives à prendre, la route à suivre pour apporter à nos fidèles sa paix, son pardon et sa joie.

Il s’agit alors de faire confiance à la promesse du Seigneur et de jeter les filets au large. Je voudrais mentionner en particulier le « filet des vocations ». Nous avons besoin de vocations sacerdotales et religieuses ; nous avons besoin des baptisés de plus en plus amoureux du Christ et engagés à sa suite; nous avons besoin que les jeunes reviennent à découvrir le visage du Christ, aidés par une foi vivante et contagieuse et non pas entravés par de contre-témoignages.

«Jeter les filets» : dans le temps de la consolation comme dans les moments d’épreuve, de jour comme de nuit. Bien sûr, parfois nous aimerions être plus détendus, sans l’angoisse de quelque problème permanent. Toutefois, si telle est la situation dans laquelle le Seigneur nous appelle à vivre et s’Il le veut, nous le voulons nous aussi. Bien plus, nous remercions le Seigneur parce que justement dans le temps présent il nous appelle à être ses Pasteurs, les instruments du salut qu’il veut offrir à tous.

C’est ce témoignage joyeux et lumineux que nous recevons précisément du Pape François. Avec lui, je vous dis aussi : «Marchons ensemble derrière le Seigneur, et laissons-nous toujours davantage convoquer par lui, au milieu du peuple fidèle, du saint peuple fidèle de Dieu, de la sainte Mère Église». (Homélie du 22 Février 2014, Célébration eucharistique à l’occasion du Consistoire).

Merci !